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Les étirements

Nos connaissances relatives aux étirements sont directement influencées par les idées reçues et les idées de leurs effets a priori sur nos muscles. Depuis une dizaine d'année, les étirements ont commencé à être passés au crible de l'expérimentation de terrain et de laboratoire afin de mettre en évidence quels sont REELLEMENT les effets des étirements et quelles sont les conclusions pratiques que l'on doit en tirer. Cet article se propose de faire le point sur ces recherches récentes.


  

Les étirements diminuent la vitesse, la force et la puissance musculaires

La première étude à avoir tenté de répondre à cette question est celle de De Vries (1963). Il a étudié l'effet des étirements sur le temps de course d'une épreuve de vitesse sur 100 m. Les résultats recueillis sur quatre sujets ont montré que les étirements réalisés avant l’épreuve avaient un impact négatif sur le temps au 100 m.
Depuis cette étude pilote, de nombreux chercheurs (un peu tardivement malheureusement !) se sont penchés sur la pertinence de faire des étirements avant les exercices physiques. Ils ont pour cela mesuré les niveaux de production de force et/ou de puissance dans différentes conditions (isométrique, isocinétique, dynamique), mais aussi les variations de la performance elle-même. Les résultats les plus marquants sont issus de publications parues principalement ces 5 dernières années (Cornwell et coll. 2002 ; Fowles et coll. 2000 ; Kokkonen et coll. 1998 ; McNeal et Sand 2001 ; Moller et coll. 1985 ; Nelson et Kokkonen, 2001) et ils sont résumés ci-dessous.

  • Pour une grande variété de durée (de 15 s à 135 s), de groupes musculaires (du membre inférieur ou supérieur), de technique (statique passif, statique actif, dynamique), les étirements entraînent systématiquement une diminution de force maximale et une augmentation de l’amplitude articulaire. Ces effets peuvent également apparaître sur la vitesse de mouvement et la puissance musculaire.
  • L’intensité et la durée de la diminution de la force maximale semblent liées à la durée de l’étirement. Mais pour l’instant personne n’a fait l’expérience permettant de le démontrer. Elle peut aller jusqu’à une heure après l’arrête des étirements pour une durée d’étirements de 135 s.
  • Il y a un effet à la fois sur les nerfs qui stimulent le muscle et sur la partie élastique du muscle. Les premiers voient leur degré d’activation diminuée (capacité à réagir à une stimulation du cerveau) et le second deviendrait de moins en moins.................... à mesure que la durée d’étirement augmente. Il y a donc une augmentation de compliance du muscle : il devient plus facile à allonger et oppose moins de résistance lorsqu’il est étiré passivement.

Par conséquent, quelle que soit la technique utilisée, les effets négatifs sur la performance sont présents.
Ils agiraient principalement sur la composante élastique du muscle en diminuant sa raideur et en changeant ainsi sa longueur optimale. Ce glissement serait à l’origine d’une augmentation du délai de transmission de la force aux pièces osseuses puisque les éléments élastiques sont plus mous. Ils ont donc besoin d’être plus allongés pour être mis sous tension et transmettre ensuite la force (cf. figure 1). Cette hypothèse n’a toujours pas été vérifiée mais c’est celle qui explique le mieux les phénomènes observés sur le terrain et en laboratoire.

Effets présumés des étirements et prévention des blessures

L'un des arguments souvent avancés pour expliquer l'utilité de placer des étirements en début, au cours ou à l'issue de l'échauffement et/ou d’une séance, est qu'ils auraient un effet bénéfique sur les risques de blessure.
Pourtant, une analyse objective de la littérature montre que les résultats des études publiés à ce jour n’abondent pas dans ce sens d’un point de vue effet à court terme (Shrier, 1999 ; Shrier, et Gossal, 2000 ; Herbert et Gabriel, 2002).
Dans une étude publiée en 1998, Pope et coll. ont avancé l'hypothèse que les étirements réalisés avant l'exercice n'auraient en réalité que peu d'incidence sur les risques d’apparition des blessures au cours de la pratique sportive. Cette hypothèse a été confirmée par une étude réalisée par la même équipe deux ans plus tard (Pope et coll., 2000). La Figure 2 résume ces résultats (regroupant 2631 jeunes recrues de l’armée âgées entre 17 et 35 ans) et montre qu'il n'y a effectivement pas de différences entre les deux groupes (contrôle vs expérimental) au niveau de la probabilité d'être blessé que l'on fasse ou non des étirements avant une séance d'entraînement. Dans les deux cas, plus on avance dans l'entraînement et plus les chances d'avoir une blessure augmentent que l'on s'étire ou non dans la phase initiale d’un programme d’entraînement.
Une revue systématique des effets de la pratique des étirements (Herbert et Gabriel, 2002) est arrivée à la même conclusion en se fondant sur les résultats de recherches publiées entre 1966 et 2000. Pour être sélectionnés, ces articles devaient répondre à des critères de sélection drastiques.
Les auteurs n'ont ainsi retenu que ceux qui respectaient le cahier des charges établi au départ (répartition aléatoire des sujets dans un groupe témoin et un groupe expérimental afin de pouvoir réellement comparer l'effet de l'utilisation ou non des étirements, par exemple). La conclusion à laquelle ils sont arrivés est que les étirements avant l’exercice ne semble pas constituer en une pratique efficace pour réduire le risque de blessures. Dans l’attente de résultats plus fiables, le principe de précaution pourrait s’appliquer à cette situation. Cela est certainement lié au fait qu'aucune étude n'a duré assez longtemps ou n'a utilisé d'étirements suffisamment longs pour mettre évidence ce phénomène (Cheung et coll. 2003 ; Connelly et coll., 2003).

Effets des étirements sur les courbatures

Les courbatures correspondent à une douleur qui apparaît au bout de 24 à 48 heures suite à un exercice inhabituel, notamment pendant les périodes de reprise après une période d’arrêt (convalescence, vacances), d’apprentissage de nouvelles techniques ou d’augmentation de la charge d’entraînement. Dans les trois cas, on explique leur présence par une dominante de travail excentrique qui a provoqué des micro-lésions au sein des muscles sollicités (Figure 3A, Figure 3B). Le résultat est, au niveau microscopique, la déstructuration d’une grande partie des sarcomères des fibres musculaires étirées de façon importante alors qu’elles étaient contractées (Figure 3C). Il s’en suit un processus de réparation pouvant durer de 5 à 7 jours.
Il a été suggéré que les étirements pouvaient empêcher l’apparition des courbatures ou en diminuer la douleur.
Deux travaux intéressants montrent l'interrelation des mécanismes mis en jeu dans le travail excentrique et les étirements.

  • D'une part, les deux types d'allongements (passifs pour les étirements et actifs pour la contraction excentrique) peuvent induire des courbatures chez des sujets qui ne sont pas habitués à ce genre d'exercices. Contrairement à ce qui est souvent dit, les étirements statiques entraînent des courbatures plus importantes que les étirements balistiques car ils provoquent des degrés d’allongement beaucoup plus importants. Cela va à l’opposé de ce que l'on admet généralement dans le milieu sportif concernant les étirements balistiques (Smith et coll., 1993).
  • D'autre part, il a été démontré que les douleurs, ainsi que la baisse de force, liées aux courbatures étaient plus prononcées lorsque la séance d'entraînement était précédée et/ou suivie d'une session d'étirements (Lund et coll., 1998).

Mis ensemble, ces résultats démontrent que les étirements et les courbatures altèrent les mêmes structures au sein de la fibre musculaire. La diminution éphémère de la douleur liée à la courbature que pourraient éprouver les sportifs lors des étirements (la douleur disparaît généralement au bout de 1 à 2 min d’étirement) va dans le sens de l'hypothèse d'une réduction de l’œdème intramusculaire concomitant à l'apparition des courbatures (Abrahams, 1977).
Les exercices excentriques et les étirements passifs agissant sur les mêmes structures (tissu conjonctif du muscle), il semble fort probable qu'ils affectent les tissus de la même manière (action sur le squelette cellulaire de la fibre musculaire notamment). De fait, les étirements réalisés après une séance d'entraînement, dont on sait qu'elle provoquera des courbatures, pourraient aggraver le degré de détérioration subséquente au travail excentrique.
Les études menées sur les effets immédiats des étirements avant et/ou après les exercices à dominante excentrique n'ont pu démontrer que les étirements avaient un effet préventif sur les courbatures.
L’effet immédiat et à court terme semble donc aller dans le sens d’une contre-indication à la pratique des étirements sur des muscles courbattus.
Par conséquent, il paraît souhaitable de ne pas étirer un muscle suite à une séance dont on sait qu’elle entraînera des courbatures (reprise de saison, séance d’une intensité supérieure à d’habitude, apprentissage d’une nouvelle technique, renforcement musculaire de type pliométrique ou statodynamique).


Pascal Prévost

  • Entraîneur de gymnastique artistique masculin et féminine à Courcouronnes (91)

  • Entraîneur de gymnastique artistique masculin et féminine à Courcouronnes (91)

  • Entraîneur de gymnastique artistique masculin et féminine à Courcouronnes (91)

  • Entraîneur de gymnastique artistique masculin et féminine à Courcouronnes (91)

 

La suite de ce texte
 


Pour une information plus complète, vous pouvez allez sur les pages suivantes sur le site de pascal :

theorie/muscle/muscle.htm
pratique/force/force0.htm

 

 


Effets des étirements

Figure 2 : Effets des étirements pré-exercices sur les risques d'apparition de blessures en fonction du nombre de jours d'entraînement. Il n'y a pas de différences entre le groupe qui pratique les étirements avant la séance d’entraînement et ceux qui n'en font pas (D'après les études de Pope et coll., 1998 et 2000).

 

 


Effet de l’exercice excentrique sur le muscle

Figure 3 : Effet de l’exercice excentrique sur le muscle. Il y a rupture (B) du réseau de desmine (A) lors d’un travail excentrique passif (étirement) ou actif (pliométrie) (en bas) comme lors des contractions excentriques engendrées par la course à l’issue d’un entraînement pliométrique chez le rat (C). On voit très nettement que les sarcomères sont distendus tant au niveau des stries Z que de la partie centrale contenant principalement la myosine.