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Petit résumé d'un des excellents
passages de l'ouvrage de F. Loudcher, « histoire de la Savate, du chausson et de la Boxe Française » (1797/1978, chez l’Harmattan).
Il permet de dépasser la simple caricature
du sport "franchouillard" et met en avant les
difficultés internes et historiques qui font de la
Savate Boxe Française une discipline à part
entière.
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Le contexte historique du début
du XXe siècle
Au début du XXe siècle
se développe un discours sécuritaire fort,
véhiculé par les médias (1906-1910),
et qui fait écho au sein de la population. C’est
le retour du mouvement nationaliste, largement inspiré par
les organes de presse comme le Matin ou la Patrie.
Ils retracent les méfaits spectaculaires des
fameux Apaches, bandes organisées et hautement
technologisées.
Et tout cela va aboutir à cette fameuse nouvelle
police « Les brigades du tigre », à leurs
méthodes scientifiques et à la Savate
institutionnelle. C’est aussi l’époque
des attentats anarchistes et de leur dérives
mafieuses, et des alliances aux sorts mouvementées
enter les Français, les Anglais et les Allemands.
Les combats de Boxe Anglaise sont de
moins en moins marginalisés, et les règles
du Marquis de Queensburry instaurées en 1891
offrent un cadre cohérent qui va lui permettre
de se répandre rapidement (combats autorisés
en Angleterre). Le public répond alors favorablement à ce
style de confrontation qui lui permet de libérer
ses émotions par le spectacle. La Boxe Anglaise
profite alors de la violence de cette époque,
favorisée par un sentiment d’insécurité profond.
La Savate et le Jiu-jitsu
Deux mouvements se proposent de répondre à ce sentiment sécuritaire, en proposant une auto-défense basée sur :
- Les méthodes de Emile André, qui propose une combinaison de Boxe, de lutte libre et de Jiu-Jitsu (affrontement)
- La Boxe Française, qui s’inscrit dans un affrontement basé sur la notion de duel au premier sang, de la démonstration, du discours et du symbolique. C'est l'école de C. Charlemont qui met en avant la notion de culture physique, d'éducation et de renforcement chère à l’époque; école contestée par un courant frondeur, représentée par la Fédération Française des Sociétés de Boxe (1903), qui prône une certaine violence, une certaine réalité dans l‘affrontement.
D’après quelques auteurs,
la rencontre Dubois-Régnier (Dubois : professeur
de savate; R égnier : combattant de Jiu-Jitsu)
va marquer les esprits. Les gens de l'époque
voient dans cette rencontre la supériorité d’une
discipline asiatique et magique face à « l’art
pugilistique national qui ne peut démontrer
son savoir dans le domaine de la self-défense ».
La composante imaginaire, la mort symbolique de la
touche annoncée fait place à une « logique
plurielle », où le hors combat en
Anglaise et la chute et l’immobilisation en Jiu-Jitsu
permettent de lier les sanctions réelles à l’imaginaire
de l’affrontement (mise en scène). Le
Jiu-Jistsu est alors enseigné officiellement
dans la police (1905), comme le relatent la presse
(Le Matin ou La Presse).
Le jiu-jitsu s’installe dans
l’auto-défense, pendant que la boxe anglaise,
elle, s’installe dans le créneau de la
compétition sportive.
Le déclin de la Savate Boxe Française
Le nouveau modèle Boxe Française, proposé par Cabrier ou Leclerc, où les coups sont enchaînés et fluides, où l’apprentissage est long car technique, n’arrive pas à s’imposer. Les nouveaux pratiquants recherchent le résultat avant tout et ne prennent pas le temps d’apprendre. La boxe anglaise est préférée à la Boxe Française, de renommée internationale, plus rapide dans son apprentissage car faisant place plus facilement à l’aspect moral et psychologique. De plus, cette méthode n’arrive pas à concurrencer les émotions véhiculées par le spectacle des matchs d’anglaise qui fait écho au regain du sentiment de violence de l’époque.
Le déclin de la Boxe Française est enclenché avant la guerre. L’Armée supprime « la leçon à quatres faces » et remet en cause le modèle de Joinville dans l’institution militaire. L’investissement dans l’école est remis en cause très vite. Et bien que présente dans le milieu scolaire grâce à Mainguet, la Boxe Française est évacuée des programmes scolaires de gymnastique pour le premier cycle du secondaire après la première guerre mondiale.
Celle-ci, avec la disparition d’un nombre important de dirigeants durant la guerre sonnera la fin de la Boxe Française Académique.
Le renouveau de la Savate Boxe Française
Après une période vide entre les deux guerres, le renouveau de la Boxe Française va s’exercer grâce aux actions du Comte P. Baruzy. Dès 1946, la boxe française semble connaître un accroissement important de ses adeptes et profite de la remise en route de l’économie Française. Dès lors, 3 tendances s’affrontent très vite :
- Self-défense qui favorise la pratique de rue
- Académique qui considère le développement de la boxe française d’un point de vue éducatif et symbolique (P. Baruzy, P. Plaisait), pour les valeurs qu’elle représente et les qualités viriles et morales qu’elle est censée développer
- Combatif
Néanmoins, cette dernière tendance est freinée par le conservatisme de P. Baruzy. Reste alors une boxe française à la recherche d’une identité entre le self-défense et l’académisme.
De plus, cette époque de reconstruction
favorise l’éducation centrée sur
la pratique hygiénique ainsi que sur les méthodes
d’enseignement. L’éducatif est privilégié par
rapport au combat et à la compétition.
Les discours tenus sont traditionnels : la discipline
développe des qualités d’autodéfense,
de confiance en soi, et de santé physique. Les
qualités morales de la pratique sont mises en
avant. Le gouvernement est officiellement lui aussi
tourné vers cela. L’éducation fait
sienne les principales thèses de cet enseignement.
C’est un nouveau contexte politique
et social que va renaître la boxe française.
1964, le judo est devenu sport Olympique. C’est
le sport de combat de référence en France.
Le G. De Gaulle (1958) détermine les nouvelles
donnes politique et économique. Le sport de compétition
devient un enjeu symbolique national. La boxe française,
ballottée par ces deux tendances, éducative
et compétitive (avec Lafond par exemple) va devoir
trouver une solution.
Celle-ci est trouvée grâce à la création d’un organisme en 1965, la F.F.J.D.A., auprès de laquelle s’affilie la boxe française en se retrouvant en tant que Comité National de Boxe Française. Celui-ci va utiliser les structures officielles et valorisantes de cette fédération pour investir et sur le plan éducatif (le courant académique, scolaire et universitaire, avec l’assaut) et sur le plan sportif (les compétitions civiles)les structures étatisées ; politique relayée par le ministre M. Herzog vis-à-vis de l’enjeu important de l’école sur le plan national.
La Savate Boxe Française d'aujourd'hui
En 1973, le comité devient fédération. Puis en 1974, devient un groupement indépendant « Fédération Nationale de Savate Boxe Française ». En son sein, deux courants sont toujours en opposition morale : l’un éducatif, l’autre plus tourné vers le combat spectacle. Mais le ministère fait le choix de la première solution et accorde la délégation de pouvoir au premier mouvement cité.
En mai 1974, lors de l’AG, l’option combative de la boxe française est mise en minorité. Ce qui provoque la scission entre les deux courants. La savate se crée en Fédération Nationale de Savate. Mais les impératives politiques ministérielles, économiques et concurrentiels (quatre pôles : compétition, loisir, santé, self-défense) de l’époque
vont réunifier les deux fédérations qui vont devenir : fédération française de Boxe Française Savate.
Aujourd’hui la Boxe Française
Savate est appelée Savate Boxe Française.
Il semble donc que le courant compétitif est
gagné dans ce choc culturel des traditions du
sport en France. Néanmoins, la partie éducative
qui fut obligée d’évoluer vers le
combat semble avoir gagné sur le plan administratif.
Elle a imprégné une certaine façon
institutionnelle et idéologique de fonctionner.
Le centralisme, l’amateurisme et la défense de principes éducatifs et moraux en sont les principes fondamentaux.
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